Dis Tonton Albert, pourquoi tu ne lis plus la presse ?…

Dis Tonton Albert, pourquoi tu ne lis plus la presse ?

Eh bien, mon petit Kevin, sache que…

Mais avant tout, faisons une pause, et ouvrons une parenthèse.. Il est important chers lecteurs, chères lectrices, que je vous présente Kevin. Kevin est un neveu purement fictif, mais qui présente la particularité de vouloir s’instruire. Qui l’en blâmerait ?

Et Kevin donc, sera sur ces pages, une sorte de personnage récurrent à l’aune de celui du Baron dans les romans de Romain Gary, ou pour les inconditionnel(le)s de la BD, l’équivalent du Séraphin Lampion chez Tintin, voire une variante de l’équipage du bateau pirate chez Astérix. Avant de refermer la parenthèse, je vous offre même une photo d’identité de Kevin.

Oui, pas vraiment joli garçon, le Kevin, mais il a le mérite de demeurer jovial en toutes circonstances, même quand de la flotte toute froide lui chute sur le museau. Voilà, refermons la parenthèse, et reprenons…

Je disais que je ne lisais plus la presse. Comme je ne traîne pas non plus au voisinage du « secours cathodique » et que je pratique résolument le « silence-radio », je reconnais que sur le front de l’information, j’échappe à bien des choses. A des balivernes essentiellement, il faut bien le dire. Néanmoins, il est rare qu’un événement de forte ampleur (attention, rien à voir avec une pleureuse sujette à l’embonpoint !) finisse par m’échapper totalement. Le oui-dire, le téléphone arabe, le cancan traditionnel ou « l’insignifiance qui fait pourtant le buzz » trouvent toujours le moyen d’atteindre mon cerveau très modérément disponible. Essayez donc au bureau, aux heures d’affluence autour de la machine à café, d’échapper à la dernière petite phrase d’un quelconque ministre ! Pas gagné, pas vrai ? Alors que le plus souvent, objectivement, vous n’en avez pas grand-chose à battre. Je me trompe ?

Aussi, de répétitivité consternante en matraquage ad nauseam, j’en suis venu à prendre de furieuses distances avec la pieuvre médiatique. Toute règle connaissant ses exceptions, récemment, j’ai replongé. Oh, je vous rassure, pas pour longtemps. Il faut dire que Le Monde – oui, le journal de référence ! – proposait un dossier sur ma multinationale préférée. A savoir Monsanto. Je vous sens déçus, vous pensiez à la Camora. Ce n’est guère différent remarquez…

Bref, ces grands philanthropes de chez Monsanto faisaient la une. Grâce à une histoire de petits arrangements plus que douteux avec des scientifiques de renom, ceci afin que ces derniers sauvassent le soldat Round Up. Contre quelques jolis paquets de grosses coupures, lesdits scientifiques avaient cautionné de leur prestigieuse signature des études « rédigées à la maison » par Monsanto himself (ben oui, s’il y a bien quelqu’un qui maîtrise le sujet du Round Up, c’est Monsanto ! On n’allait quand même pas solliciter Marie-Monique Robin  !…).

Naturellement, dès que la potiche brisée a été retrouvée sous le tapis, ça a fait désordre. Bizarrement, là, il n’y avait plus guère de scientifiques de renom pour monter au créneau. Ces sommités adoptaient subitement le comportement de moineaux s’apercevant que l’épouvantail sur lequel ils sont perchés se met soudain à remuer. Le roi Monsanto était nu.

Cette pratique faisant la part belle au vieil adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », répond au doux nom de Ghostwriting. Autrement dit, je tiens le porte-plume et dès que l’encre est sèche, toi, tu signes. C’est une opération gagnant/gagnant comme l’on dit aujourd’hui dans les sphères les plus désintéressées par le profit. Sauf qu’il y a tout de même des perdants. Nombreux. A savoir tous ceux qui n’empochent pas le chèque ou n’ont pas de saloperie chimique à vendre. Ce qui fait pas mal de monde. Et c’est là que Le Monde de ce 5 octobre 2017 nous en sort une bien bonne (voir encadré), rédigée par Stéphane Foucart et Stéphane Horel.

Notez bien la première phrase. Rhoooo, les gars, en quoi l’industrie chimique aurait-elle été plus vertueuse que les marchands de Mediator ?! Vous arrive-t-il de sortir de vos bureaux parisiens ? N’est-il pas question de gros sous, dans la pharmacie comme dans l’agrochimie ? Et dans les deux cas, n’est-il pas question de risques avérés pour la santé ? Et donc, la tentation n’est-elle point forte de favoriser la rentrée de gros sous dans la caisse au détriment de la santé d’autrui ? Poser la question revient inévitablement à y répondre. Sauf sans doute pour les journalistes du Monde qui se garderaient bien de faire le moindre procès d’intention à qui que ce soit. Et encore moins à des gens dont la réputation n’est plus à faire. Jusqu’ici, pour nos duettistes, Monsanto devait être le chef des Bisounours.

En somme, ce n’est plus Le Monde, cela devient Candeur-Magazine. Et ils se sont mis à deux Stéphane pour pondre ça, alors qu’un seul Popaul aurait suffi.

Au passage, vous relèverez que les Stéphane ne trouvent rien à redire sur une pratique présentée comme courante dans le secteur pharmaceutique. Passons…

Naturellement, quand on a la chance de tomber sur une pépite de ce genre, ça aiguise l’appétit. On se dit qu’en fouillant un peu dans les recoins, on ne manquera pas de dénicher quelque truffe. Oh, je n’ai pas eu à chercher longtemps !… puisque deux pages en amont, je découvrais ce joli titre.

Là, Candeur-Magazine a discrètement passé le relais à la Gazette des Portes Ouvertes Gaillardement Enfoncées.

Quiconque n’aurait pas une mémoire de bigorneau ne manquera pas de se dire : ben tiens, c’est curieux, ça me rappelle quelque chose. Tu m’étonnes ! Les prédécesseurs de M. Macron sans exception aucune, n’ont pas manqué de prendre eux aussi, leurs distances avec les classes populaires. On doit au moins pouvoir remonter à Paul Doumergue sans problème.

Ah là là, ça sent la redite à plein nez ! En gros, dans l’article, il suffit juste de changer le nom du président, et hop ! on replace le papier in extenso. Dans cinq ans, dans dix ans, dans cent ans, on peut ressortir le même. Inusable. Si ce n’est pas du développement durable, ça Madame !… En un mot : brillant ! Que dis-je ? Brillantissime ! Le Monde vient sous nos yeux ébahis d’inventer ni plus, ni moins, l’article perpétuel. Alléluia ! A genoux, tas de mécréants, devant de tels inventeurs de la presse du futur.

Pas de panique toutefois, il n’y a qu’une partie – non quantifiée du reste – des classes populaires qui boudent le président. Ouf, nous voici rassurés !…

En même temps, que veux-tu mon petit Kevin, lesdites classes populaires n’ont rien fait non plus pour inverser la tendance. Tu crois qu’elles skient à Megève les classes populaires ? Tu les as déjà vues se servir d’un couteau à poisson ou employer a bon escient le subjonctif passé deuxième forme, hein ? Les classes populaires dans un dîner en ville, c’est une plaie, je ne te raconte même pas !

Alors je résume : dans une même édition du journal dit de référence (bon, d’accord, le niveau général ayant baissé, il est logique que Le Monde s’aligne sur la tendance ambiante, sinon, il ne vendrait plus son papier), sans beaucoup d’efforts, l’on déniche une bonne dose de sottises. Evidences proches de la tautologie ou naïvetés flirtant avec l’indécence, au choix. Et encore, je n’ai pas cherché plus loin ; les niaiseries, c’est comme les huîtres, trop ça gave. Du coup, je n’imagine même pas ce que je pourrais trouver dans les autres feuilles de chou nationales, voire dans la presse régionale. Enfin, si, je le sais parfaitement, c’est bien là le problème !…

Bon sinon, Kevin, ça t’étonne toujours que je ne lise plus la presse ?

Oh et puis, arrête de rigoler, Kevin, la presse, c’est quand même l’un des piliers majeurs d’une démocratie !

5 commentaires sur « Dis Tonton Albert, pourquoi tu ne lis plus la presse ?… »

  1. La prochaine fois, essaie le Figaro, et tu verras, ça ira mieux : on y trouve exactement ce qu’on s’attendait à y trouver. Et quelque part, c’est reposant …. Voire rassurant, en ces temps anxiogènes.
    Sinon, comme disait Desproges, si tu veux aborder tout Sartre en 5 minutes, tu achètes Minute : tu auras en même temps la Nausée et les Mains sales.

  2. Moi, ça me fait bien rigoler quand les journalistes disent que le président a eu le « courage » d’engager de « courageuses » réformes ! A sa santé, oui, c’est nous qu’on trinque !

  3. La démocratie monsieur, le peuple lui-même n’en veut pas. La preuve, Macron a encore sa tête physiquement sur les épaules. Enfin, pour le moment.
    Ouiiii je sais, j’exagère… Mais ça fait du bien, comme tes billets, cher tonton.

    Ton neveu attentionné

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