Un automne à (drôles de) péquins

 

Ah, je vous le concède bien volontiers : j’ai démarré un peu en avance « l’Année Boris Vian » qui ne débutera qu’au 1er janvier prochain ! Le titre de cette nouvelle chronique, c’est en quelque sorte ma façon de faire un clin d’œil à l’éminent pataphysicien. « A juste titre », si je puis oser ce raccourci sémantique…

 

 

 

Ça y est, l’automne est là. Et bien là. La chlorophylle fait soudain moins la fière ; elle cède maintenant la place à d’autres pigments. Des pigments qui parent de jolies teintes mordorées, les feuilles qui n’attendent qu’une bourrasque pour joncher le sol des sous-bois. Ce n’est pas à vous que j’apprendrai ça, à Espelette comme à Cayenne, il est essentiel de mettre du pigment dans l’existence…

Parallèlement à cette farandole des couleurs, le ciel nous déverse sur la tête, toute l’incontinence dont il est capable. Et si cela ne réjouit guère nos rhumatismes, cela fait au moins le bonheur des champignons. Après l’été caniculaire qui a surchauffé le sol à thermostat 10, les champignons n’attendaient plus que l’arrosage adéquat pour pointer le bout de leur chapeau. C’est dorénavant chose faite, et 2019 devrait être un sacré millésime pour la cuvée « cèpes de Bordeaux » et autres « amanites grande réserve ». Fatalement, 2019 devrait être aussi, par la même occasion, une grande année pour les intoxications.

L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire nous apprend que l’affaire est en bonne voie, puisque nous en étions, fin octobre, à la bagatelle de 500 intoxications. Pas mal, non ? Certes, toutes les intoxications ne vous font pas prendre un aller simple pour le Père Lachaise ou pour le crématorium du coin. Vous pouvez vous en tirer avec juste une furieuse colique. Mais, si vous aimez vivre dangereusement, je vous incite à opter pour la sous-traitance. Le recours à cette pratique, il est vrai, est à la mode.

Alors, admettons que vous ayez une grosse baisse de moral. Tout ce que vous entendez dans les médias, plombe votre bonne humeur – et je ne vous parle même pas des chroniques de Tonton Albert. Vous commencez à comprendre, que pour le Gouvernement – qui a fait sienne la pensée profonde du Général Custer – un bon retraité est un retraité mort, vous constatez aussi qu’il n’y a même plus l’ombre d’un Claude Allègre pour vous laisser croire que le changement climatique n’existe pas,… Bref, rien ne va plus. Alors, vous vous dîtes : autant en finir. Et pourquoi pas en profitant de la promotion du moment sur les champignons vénéneux. Et là, je dis : attention !

Suicidaires de tous les pays, plutôt que de risquer de vous rater pour cause de lacunes flagrantes en mycologie, faîtes plutôt confiance à des gens dont le savoir-faire n’est plus à démontrer. A savoir les chasseurs, ces grands amis des amateurs de balades en forêt. Nos valeureux tartarins se sont en effet encore illustrés en faisant parler la chevrotine, et en alignant quelques trophées humains.

J’aurais pu prendre plusieurs exemples ; je m’arrêterai sur un seul, concernant un accident survenu récemment en Charente-Maritime. Un cueilleur de champignons s’est fait truffer de plomb et envoyer dans l’autre monde par un maniaque de la gâchette. Grosso modo, la vieille dualité chasseur/cueilleur, issue tout droit du paléolithique, perdure plus que jamais.

Ce qui est intéressant dans ce cas précis, ce sont les arguments invoqués par notre faiseur d’homicide involontaire. Cela vaut son pesant de calibre 12.

Voyez plutôt : Son chien marque l’arrêt et aboie. N’écoutant que son courage, le maître de ce Rantanplan s’empresse de décrypter le message. Comme dans les films de guerre. Ennemi à neuf heures. Et pan ! le chasseur tire sur ce qu’il croit être un animal. Or, c’est un artisan menuisier à la retraite qu’il vient d’abattre. Oui, c’est à croire qu’il n’y a pas que le Gouvernement qui extrapole sur la pensée du Général Custer…

Entre nous, un chien qui ne fait pas la différence entre un chevreuil et un promeneur armé d’un panier de girolles, selon moi, ne mérite pas sa ration de croquettes. En même temps, vous qui m’écoutez, vous n’êtes pas sans savoir que Chantal Goya a traumatisé des générations de chasseurs avec sa comptine. Vous croyez que c’est rassurant d’entendre à la radio, que ce matin, un lapin a tué un chasseur ?! Alors, évidemment, soumis à un tel traitement, le chasseur, depuis des décennies, se méfie, et est enclin à tirer sur tout ce qui bouge, précisément pour que ça ne bouge plus ! Car ce qui est inerte ne fait plus peur !

Bon, on ne sait pas non plus ce que la victime avait ramassé comme espèces de champignons. Allez savoir si notre régulateur autoproclamé des Caisses de Retraite n’a pas, par son geste, épargné de terribles souffrances à ce cueilleur imprudent ?

Bon sang, les gens devraient le savoir : quand on va dans les bois, on enfile son gilet pare-balles ! Ce n’est quand même un secret pour personne : en France, il n’y a qu’un loisir de plein air qui vaille, c’est la chasse. Les 2 % de la population qui s’y adonnent ont plus de droits que tous les autres réunis. Si ce n’est pas de la défense démocratique des minorités, ça !

D’ailleurs, notre bon président ne s’y est pas trompé, puisqu’en 2018, il a divisé par deux le prix du permis de chasse. C’est LA mesure sociale du président Macron. Sauf que cette réduction de 50 % au bénéfice de quelques-uns pourrait bien multiplier les risques de se faire trouer la peau pour tous les autres.

Si appuyer sur le champignon reste très mal vu par les instances gouvernementales, en revanche, appuyer sur la gâchette, ça, c’est toujours encouragé…

 

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En bonus, une petite chanson des Wriggles offerte par la maison.

Et puis (mais vous le savez déjà), vous avez la possibilité d’accéder à la version audio de cette chronique, via le podcast de Radio G, en allant chercher la belle émission de Michel Boutet, « On est là pour voir le défilé ».

1 commentaire sur « Un automne à (drôles de) péquins »

  1. J’ai lu dernièrement une info qu’on ne devrait pas trouver drôle puisqu’il y a eu mort d’homme -un chasseur, mais quand même, ce ne serait pas con-venable de s’en réjouir …- : cette fois-ci, c’est le chien qui a appuyé sur la gâchette du fusil qui se trouvait au sol. Con-sternant, non ?….

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