Chaud et froid

Aujourd’hui, je vous offre une anecdote qui m’a été rapportée par un couple d’amis. Oui, il m’arrive de sous-traiter les mésaventures que je raconte. Et « oui à nouveau », j’ai encore quelques amis, en dépit de toutes les méchancetés que je dis au micro de Radio G !, voire en d’autres lieux. J’ai repris leur récit sans en changer grand-chose. La version intégrale du texte ayant servi de structure à ce billet d’humeur est du reste disponible en allant cliquer par là (c’est un site auquel il m’arrive de contribuer). Mais revenons à mes amis. Appelons-les Cécile et Dominique.

Cela démarre par l’envie mûrement réfléchie d’acquérir un nouveau congélateur. Une envie motivée, non pas par le besoin de trouver un refuge pour parer à l’imminence d’une canicule printanière, mais parce que le gars Dominique taquine les brochets et autres sandres… et qu’il revient rarement bredouille de ses virées au bord de l’eau. Et comme manger du poisson tous les jours a ses limites, Cécile, a suggéré l’emplette d’un congélateur, afin de pouvoir étaler dans le temps, leur consommation de phosphore et d’oméga 3. Du pur bon sens.

Les voilà donc partis à la grand ville du coin, appâtés par ce « black friday » que l’on ne présente plus. Ils jettent leur dévolu sur un appareil de taille moyenne, au coût moyen, vendu à la va-vite (black friday oblige !) par un vendeur pâlot et déprimé (black friday oblige encore).

Ils installent leur achat dans leur grange spacieuse, attendent 24 heures pour le brancher, puis patientent encore le temps que l’engin atteigne la température idéale de – 18°C, pour le gaver des bestioles déjà congelées, et entreposées dans un vieux tromblon qui turbine gaillardement à – 30°C. Bizarrement, une fois chargé comme la cale d’un chalutier, le nouvel appareil voit sa température remonter à – 8°C. Une valeur insuffisante pour une conservation par le froid digne de ce nom. Les poissons repartis dans le tromblon sus-désigné, Cécile suit fébrile, la courbe de température de son congélo nouveau, pour constater que celle-ci fluctue au fil des heures. Caramba ! clame-t-elle haut et fort, (oui, ils habitent dans le sud de la Vendée !), appelons le service après-vente !… S’en suit un dialogue étonnant :

  • Dîtes-moi, ma ptite dame, où avez-vous installé l’appareil ?
  • Ben, dans la grange.
  • Dans la grange ? Elle est chauffée votre grange ?
  • Ah ben non ! C’est une grange quoi !
  • Alors c’est normal que ça ne fonctionne pas. A cause de la classe climatique de l’appareil : il doit être placé dans un endroit chauffé au minimum à + 16°C.

Stupeur et tremblements dans le camp « Cécile & Dominique ». Et je vous fais grâce d’une nouvelle salve de « Caramba ! » typique du sud Vendéen. L’argumentaire « Pourtant à la campagne, presque tout le monde place ce type d’engin dans le garage ou dans la grange… » reste sans effet. Le gars du SAV finit par dire que ce n’est pas de son ressort,  car l’appareil n’est pas en panne, et après un « Voyez avec le vendeur !» raccroche sans autre forme de procès.

La notice de l’appareil, épaisse comme une bible, pour cause d’informations rédigées dans toutes les langues connues du sanscrit au martien, confirme les dires du SAV. Il y est même précisé qu’il ne faut pas oublier de laisser le chauffage, quand on part en vacances l’hiver, sinon le congélateur ne fonctionne pas…

La raison en est simple : considérant que désormais les maisons sont parfaitement isolées et chauffées, les fabricants de congélateurs ne fabriquent plus que des appareils qui ne fonctionnent plus qu’au chaud, quasi logés dans des charentaises, quitte à les faire turbiner à fond pour produire du froid ! Comme chacun sait, l’énergie n’est pas chère et de surcroît inépuisable. Les tenants du développement durable en seront – si j’ose dire – pour leurs frais.

Cerise sur le gâteau, il s’avère que dans ces logements si bien isolés, le moteur du congélateur fournit de la chaleur et donc, contribue à chauffer la pièce. Bon, de là à considérer le congélateur comme un chauffage d’appoint, il y a une marge. Quoique… N’anticipons pas sur la suite de cette affaire.

Nouvel appel au magasin pour s’entendre dire que le plus simple consisterait, tout de même, à placer l’appareil dans la maison. Cécile objecte qu’il n’y a pas la place suffisante, et surtout qu’il faudrait alors mettre le congélateur au milieu du salon, devant le poêle ; le reste de la maison n’atteignant, en période hivernale, que rarement une température supérieure à +16°C.

Ah ces ruraux ! ils ne font rien qu’à embêter ces marchands dont la clientèle est exclusivement urbanisée.

Depuis cette mésaventure, Cécile et Dominique s’interrogent. Ils se demandent combien leur faudra-t-il de congélateurs placés judicieusement dans leur maison, pour qu’elle soit chauffée à plus de 16°C ?… et du coup pouvoir se débarrasser du poêle, de la corvée de bois, et avoir ainsi des denrées parfaitement stockées à – 18°C, puisque les congélateurs dans lesquels ils auront entreposé leur réserves alimentaires seront dorlotés à bonne température…

Mes amis pourront de cette manière, enfin partir en vacances l’hiver, sans se soucier du bon fonctionnement des appareils et du maintien hors gel de la maison. Ah le progrès !…

Et puis, entre nous, ce petit sujet de physique domestique vaut bien ceux qu’ont préparés pour les épreuves du bac, les performantes équipes de M. Blanquer.

 

La version audio de ce billet d’humeur – comme la plupart de ceux que j’ai écrits pour la radio – peut se retrouver sur le « pot de caste » de Radio G !…

 

 

 

 

 

 

 

 

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