A côté de ces pompes…

 

Voyez comme la vie est parfois bizarre, j’étais bien parti pour vous parler cinéma. Je comptais vous dire pourquoi j’avais éprouvé autant de bonheur à la projection du film de Laëtitia CARTON, « Le grand bal », et voilà que l’actualité en a décidé autrement.

Je pensais évoquer la vibrante humanité qui transparaît dans chaque plan ou presque de ce formidable documentaire qu’est « Le grand bal », et finalement, c’est un tout autre scénario que j’ai dû retenir pour cette chronique. Primitivement tenté de vous emmener au cinéma, je me vois contraint de vous accompagner au cirque.

Pourquoi un tel revirement ? Eh bien, l’automne n’y est pas pour rien. Ah l’automne, la saison où le vert s’efface au profit du jaune !… Cette année, le jaune n’est plus joliment doré comme les années précédentes, il est devenu carrément fluo. Voire un peu criard. Allez savoir si ce n’est pas là encore, l’un de ces effets collatéraux du changement climatique…

En même temps, ce réchauffement climatique dont on parle beaucoup, n’exclut pas pour autant les températures frisquettes. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir tous ces gens qui, par milliers, enfilent des gilets…

Mais je m’égare, comme je vous ai promis d’aller au cirque, allons-y. C’est un cirque calqué sur celui des Romains. Un cirque qui n’a pas peur des morts, ni des blessés à foison. Du sérieux en somme. Alors que l’on pourrait estimer de prime abord, qu’il s’agit simplement là, d’un « grand n’importe quoi ».

Dans l’arène, quelles sont les forces en présence ? A ma droite, un gouvernement inflexible qui compte bien récupérer un peu de monnaie en instituant une fiscalité écologique. Et à ma droite, (non, non, il n’y a pas d’erreur dans mon texte… Il existe bien des gens dont on dit qu’ils ont deux mains gauches, eh bien, pour ce pays, c’est pareil : comme l’intérêt général a disparu au profit de la somme des intérêts particuliers, il n’y a plus désormais que de la droite, et ceci du sol au plafond et du nord au midi.) Donc encore plus à droite, nous avons fort de ses 300 000 tenants du « c’est ma pomme d’abord ! », le péril jaune.

Là, arrêtons-nous un instant sur ce terme de « jaunes » qui désignait jadis les « non-grévistes », voire les « briseurs de grèves ». Amusant, non, cet étonnant retournement ? En même temps, hein, les « gilets jaunes » ne sont pas du genre à faire grève. Ils se contentent de vous empêcher de circuler le ouiquenne. Rien de bien méchant. Pour mémoire, je rappelle que la liberté de circuler est juste inscrite dans la Constitution.

Un mouvement spontané, sans réelle structuration, c’est souvent l’opportunité de découvrir des revendications surprenantes et des comportements tout aussi déconcertants. C’est ainsi qu’un manifestant pointait cette conséquence cruelle de l’augmentation du prix du carburant :

– Maintenant, on ne pourra plus aller à la neige ! ».

Crucial en effet. Faut-il rappeler que seuls 7 % des Français vont aux sports d’hiver chaque année ? De toute façon, avec le réchauffement climatique, la neige, bientôt, il faudra l’importer. Alors, autant intégrer l’idée qu’il va falloir oublier les descentes tout schuss à Megève.

Autre détail qui m’a intrigué, ce soutien au mouvement, exprimé à travers cette abondance de gilets jaunes pliés derrière les pare-brise de grosses cylindrées, des 4X4, des Porsche et autres Mercédès…

Franchement, on a du mal à croire que leurs propriétaires n’aient plus de quoi entretenir la voracité de leur bolide. Il y a donc fort à parier que là, on est assez loin des préoccupations de celles et ceux qui se lèvent à trois heures du matin pour aller éviscérer des poulets pendant huit heures, dans l’abattoir situé à 30 km de leur domicile…

La cohérence est-elle davantage au rendez-vous dans la position gouvernementale ? C’est ce que l’on va voir. Déjà, il faut savoir qu’une augmentation de 10 % du prix du carburant se traduit au mieux, par une baisse de 3 % de la consommation. En gros, des cacahuètes ! Ça, je ne le sors pas de mon chapeau ; ce sont les économistes qui l’affirment. Or, pour obtenir un effet significatif sur la consommation de carburant et donc un impact sur le réchauffement climatique – à savoir viser une baisse de 30 % de la consommation – il faudrait fatalement doubler le prix du carburant à la pompe ! On souhaite bien du plaisir au gouvernement qui se mettrait à appliquer cette équation !

Ensuite, comme c’est bizarre, la mesure ne concerne que les ménages. Les entreprises en restent exonérées. Et le transport aérien – gros émetteur de CO2 – n’est pas non plus concerné. Troublant, pas vrai ? Mais ce n’est pas fini.

Les transports en commun ont-ils été développés en amont de cette augmentation du carburant ? Ainsi, l’automobiliste abonné aux fins de mois difficiles aurait-il pu envisager un plan B ? Pas de chance, c’est l’inverse qui se produit, avec ces fermetures de lignes ferroviaires ou de gares dans nombre de patelins. Précisément dans des secteurs où l’enclavement n’est pas une vue de l’esprit.

Parallèlement, la construction d’autoroutes continue d’être encouragée, alors que l’on sait, que de nouvelles autoroutes n’aboutissent qu’à générer plus de trafic et donc une consommation supplémentaire de carburant que le gouvernement cherche, parait-il, à réduire. Oui, je sais, on dirait qu’un tel plan d’action a été élaboré par la rédaction de « Schizophrénie magazine »…

S’ajoute à cela la suppression du crédit d’impôt pour le remplacement par des huisseries performantes, de vos vieilles fenêtres assimilables à des passoires thermiques. Aucune mesure n’a davantage été proposée pour inciter au télétravail qui réduirait le nombre de déplacements professionnels. J’en oublie certainement.

Bref, dans cette affaire, le gouvernement aurait mis la charrue avant les bœufs que ça ne m’étonnerait pas. Sans doute parce qu’un char à bœufs, ça fait développement durable…

Au final, on aurait voulu écœurer le citoyen de payer ses impôts que l’on n’aurait pas fait mieux. Mais il est vrai que quand on a été élevé au bon lait néo-libéral de Mme Tchatcher, l’on n’a qu’une idée en tête : réduire les impôts des plus riches et instituer des taxes pour tout le monde.

Dernier détail amusant dans toute cette histoire riche en carbone : Le Courrier de l’Ouest le rappelait dans son édition du 23 novembre : « l’air n’a jamais été aussi pollué ». Par conséquent, un seul mot d’ordre : il est urgent de faire comme s’il n’y avait…aucune urgence.

Après nous le déluge ! » reste une devise qui a bien plus d’avenir que « Liberté, Égalité, Fraternité ».

J’ai entendu dire que les famines engendraient souvent les révolutions. Aujourd’hui, je constate que mes contemporains ont sensiblement modifié leur régime alimentaire. Ils se nourrissent désormais de gasoil.

Mais au moins, on pourra dire que pour une fois, la question écologique aura fait descendre les gens dans la rue…

 

 

Naturellement, si vous préférez la version audio de ce texte, c’est parfaitement possible.

Il vous suffit d’aller faire un tour sur Radio G !

1 commentaire sur « A côté de ces pompes… »

  1. Pas sûre que ce soit la question écologique qui ait fait descendre les gens dans la rue. C’est plutôt l’effet vache à lait … (mais essaie de mettre un gilet sur une charolaise, tu vas voir, c’est pas simple)
    Tu n’as certes pas tort de pointer l’individualisme de certaines positions « jaunes ». Mais elles sont à mon sens très à la marge. Les médias sont très forts en ce moment pour relayer n’importe quoi. Ce qui s’exprime ici, c’est un ras le bol qui ne sait plus très bien de QUOI il en a marre : il en a marre, POINT. Et ça peut aller très loin …
    Moi je suis gilet jaune. Enfin, petitement : je l’ai sur le pare-brise ! Tu sais, celui de ma vieille voiture qui pollue, non pas parce qu’elle est au diésel (je n’ai jamais, au grand jamais, possédé que des voitures à essence, par choix et en conscience, bien avant que ça doit devenu à la mode de conspuer ces maudites particules fines), mais parce qu’il n’est compatible avec mon budget de m’acheter une voiture électrique. Ou même hybride. Ou juste plus récente.
    Et pourtant je roule. Beaucoup … Et à 90% pour des motifs professionnels. Donnez-moi des bus, des trains, des trams, et je les prendrai ! Donnez-moi aussi du temps entre 2 rendez-vous distants, et je vous jure que je ferai un effort !! … Mais en attendant, pour gagner ma vie, je perds du fric, du flouze et de l’oseille !!
    Finalement, cette histoire de taxe sur l’essence, ce n’est jamais que ce qui aura mis le feu au baril. Devant le méprisant qui nous gouverne, on n’a pas fini, j’espère, de ressembler à des poussins fluos de l’année !

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