La boulette angevine

Un site Internet, ça doit se renouveler sans cesse. Et comme, c’est avec du vieux que l’on fait du neuf, j’ai songé remettre au goût du jour, une rubrique qui existait sur mon blog qu’hébergeait naguère Télérama. Ça s’appelait « La boulette angevine ».

On y trouvait la prose étonnante de cette engeance qui au fil du temps, s’est imposée comme incontournable à travers tout l’hexagone, à savoir les bureaux d’études. Oui, c’est encore mieux que les consultants, car là, on a une vraie caution scientifique. C’est du sérieux !

Pour celles et ceux d’entre vous qui l’ignoreraient, l’on ne peut plus creuser le moindre trou dans ce pays sans que des justificatifs n’aient été préalablement exigés par les autorités, puis établis selon des règles implacables. Lesdits justificatifs s’obtiennent grâce à des études et autres investigations rigoureuses accomplies par des professionnels à la technicité aussi irréprochable que leur philanthropie. Il n’y a qu’à voir le montant de leurs émoluments pour s’en convaincre. Au final, l’on a une belle quantité d’argent public qui passe de la poche du contribuable à celle de ces braves gens pour des résultats que l’on peut – au mieux – considérer comme contestables… et au pire, comme apparentés à du pur pipeau.

Je tâcherai au fil des mois, de vous offrir ce mets de choix que sont les boulettes angevines. Vous m’en direz des nouvelles ! Il va sans dire que ces morceaux choisis relèvent tous sans exception de documents « zofficiels »). Non, l’on ne fabrique pas de la boulette angevine comme d’aucuns préparent de la vulgaire brève de comptoir ! La boulette, ça se chasse, ça se traque d’étude d’impact en document d’urbanisme, ça se débusque entre les lignes (c’est de la filière BIO en quelque sorte !) …

Rien qu’à voir ce que j’ai eu sous les yeux en ce tout début d’année, tout porte à croire que 2018 sera un grand cru. La sottise disputera la vedette à la syntaxe très approximative, quand les raccourcis les plus douteux ne viendront pas s’en mêler. Il va sans dire aussi que je respecterai l’orthographe d’origine qui souvent, est d’une inventivité remarquable. Cette rubrique sera naturellement mise (ir)régulièrement à jour au gré des arrivages.

Vous aviez apprécié, je crois, les toutes premières boulettes diffusées en janvier ; en voici de toutes fraîches, récoltées ces derniers jours dans un dossier évoquant l’extension d’une plateforme de stockage de déchets. Et comme souvent, une petite illustration vaut mieux qu’un long discours, je vous ai trouvé ça :

Certes, il n’est pas rare que les femmes soient considérées comme des moins que rien, mais là, on franchit une étape significative. Oh, ça tient à peu de choses, juste une consonne manquante, mais le résultat est là, et bien là ! La maitresse de maison, selon certains, ne serait juste bonne qu’à stocker du gaz ?… Les féministes apprécieront.

Et puis, dans le même dossier, quelques pages plus loin, je tombe sur un autre détail amusant. Vous allez me dire que je ne m’ennuie pas, le nez plongé dans ces études d’impact. Il est vrai que parfois un fou rire peut chasser un bon gros rictus. Et une petite photo, une !

Eh oui, le concepteur du projet envisage de lutter contre le bruit en plantant trois malheureux arbustes qui vont mettre dix ans à prendre un peu d’ampleur, et qui de toute façon n’ont aucun effet acoustique. Autant s’isoler du bruit derrière un grillage !  Mais l’important, c’est d’y croire. La légende de la photo à elle seule, vaut son pesant de décibels. Le pouvoir de l’imagination, il n’y a que cela qui portent les hommes ! Alléluia ! Oh, et puis, la patience, un peu aussi…

Parfois, je me demande si tous ces porteurs de projets ne font pas rédiger leurs documents par le stagiaire de troisième en phase découverte. Kevin, c’est toi qui a pondu ce truc ?…

Et puis, les boulettes, c’est souvent aussi savoureux à l’écrit qu’à l’oral. La preuve, j’en ai entendu deux magnifiques pendant le Festival de Cinéma Premiers Plans qui vient de s’achever à Angers. La première – certainement la plus croustillante – est offerte par une jeune animatrice de l’équipe de Premiers Plans. Elle présentait le parcours d’une non moins jeune réalisatrice helvète autant que germanophone. Détail essentiel : la cinéaste avait la particularité d’arborer une coiffure pour le moins originale toute en audace de coloris qu’elle agrémentait de mèches et autres assemblages capillaires étonnants. Notre présentatrice nous tint donc ces propos :

  • Avant de te consacrer au cinéma, tu t’es tout d’abord orientée vers la coiffure. Ce n’est qu’ensuite que tu as choisi de faire de l’animation. Heureusement…

Et là, lecteur/lectrice de cette chronique, tu imagines l’hilarité contagieuse qui s’est répandue dans la salle (600 personnes environ) à l’écoute de cet adverbe malencontreux. Tu imagines également le désarroi du traducteur devant expliquer à notre cinéaste suisse le soudain comportement de la salle.

Presque aussi croquignolette est cette autre boulette récoltée après la diffusion du film Petit Paysan, lors du débat suivant sa projection. Un autre membre de l’équipe de Premiers Plans bien que plus aguerri, a tout de même lâché à propos de la très forte scène de vêlage que contient le film :

  • Et pour la scène de vêlage, tu n’as pu faire qu’une seule prise ?…

A ton avis, mon grand ? Tu crois que le réalisateur a dit à Blanchette : Bon, on la refait, parce que la lumière n’était pas idéale…

A très bientôt pour de nouvelles boulettes…

2 commentaires sur « La boulette angevine »

  1. C’est bien aimable d’avoir réinscrit les boulettes au menu. Un délice à chaque fois, mais là, j’avoue que ça tape particulièrement fort !!

  2. Les vaches ne font jamais d’efforts….
    Sauf pour batonner le quidam ….
    De là se cailler le lait….
    Et que dire des bovidés suisses aux coiffures improbables…..Je ne parle de JC GODARD ou de Michel SIMON….

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