Demain, tous experts ?… (Nom de code : « C’était aujourd’hui ?… »)

Vous pour qui les « pots de caste » de Radio G ! n’ont plus de secret, vous vous en souvenez peut-être (c’était le 30 mars dernier), j’avais promis trois chroniques ayant pour thème l’expertise. La première était consacrée aux cabinets de consultants, auxquels l’État fait abondamment appel, sans que ces sollicitations n’apparaissent réellement justifiées. A travers la seconde, j’avais donné divers exemples du grand n’importe quoi que produit une catégorie particulière d’experts, ceux qui exercent leurs talents dans l’urbanisme. Les fidèles de la rubrique « La boulette angevine » n’auront pas été surpris par l’ampleur des sottises alors rapportées. Et aujourd’hui, roulement de tambours et autres tonnerres de trompettes C’est la conclusion du triptyque. C’est la cerise sur le gâteau ! Oui, lectrice, lecteur, c’est la douche finale. Pardon, la « TOUCHE » finale !

Ah, je l’avoue humblement, je rencontre toujours autant de problèmes avec les fautes de frappe… Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je vous annonce solennellement que demain – oui, demain !… – nous serons toutes et tous experts ! Quelle bonne nouvelle, non ?

– Comment ça « tous experts, demain » ?  » t’interroges-tu, lecteur, lectrice.

– On ne s’improvise pas « expert », tout de même ! Un expert s’appuie sur des connaissances, des compétences qu’il a acquises, avant de formuler son avis… » ajoutes-tu avec un trémolo d’indignation dans la voix.

Voire !… Je ne te cache pas, ami lecteur, ami lectrice, qu’il est arrivé d’en douter. Et pour étayer mon propos, j’évoquerai une anecdote vécue personnellement, voici de cela quelques années. J’avais encaissé un choc physique qui s’était traduit par une rupture du tendon d’Achille. Mésaventure qui s’était soldée par trois mois d’arrêt de travail. Comme cet accident était survenu durant mes horaires de labeur, mon employeur m’avait demandé, une fois rétabli, de subir une expertise médicale. La procédure le nécessitant, ne serait-ce que pour déterminer si, à la suite de cet accident de travail, une indemnité devait m’être allouée pour cause d’invalidité partielle. Je me suis donc rendu à l’hôpital de Cholet pour rencontrer cet expert – le Docteur De Machin-Truc -, avec qui j’avais rendez-vous.

Sincèrement, je ne saisissais pas trop l’intérêt de cette expertise. Le chirurgien du CHU d’Angers avait fait du bon boulot en recollant mes morceaux, mon kiné également, et je ne voyais pas comment on aurait pu déceler l’ombre d’une séquelle dans ma démarche. Mais puisque c’était la procédure, n’est-ce pas ?…

Toutefois, j’appréhendais un peu ce rendez-vous, car il signifiait, vu de ma fenêtre, attente interminable et abondance de paperasses. J’avoue que je n’ai pas été déçu.

Je suis arrivé à mon rendez-vous avec un gros quart d’heure d’avance, histoire d’anticiper d’éventuels déboires comme celui de ne pas trouver le bon bureau. Muni de ma convocation, je me suis rendu à l’accueil pour entendre, dans la bouche de la personne chargée d’indiquer aux convoqué(e)s du jour où avait lieu leur examen, cette phrase déconcertante :

– C’était aujourd’hui ?… »

Intuitivement, j’ai identifié qu’il n’y avait aucune trace d’humour là-dedans. J’ai rétorqué que non seulement c’était aujourd’hui, et que même, j’étais légèrement en avance… tout en m’interrogeant sur le sens profond de la question de la dame.

Y avait-il, en cette bonne ville de Cholet, des gens qui venaient à l’hôpital en se disant : « Tiens, si j’allais m’offrir une expertise médicale ce matin, plutôt que de faire un tiercé ? ». Ou encore : « Ah c’est ballot, cette convocation médicale qui tombe juste à l’heure de l’arrivée de l’étape du Tour de France !… Tant pis, j’irai demain matin ! ».

La dame de l’accueil m’ayant invité à me rendre au deuxième étage, je me dirige jusqu’à la porte indiquée pour entendre une seconde fois, prononcée par une autre personne, la fameuse question… qui pose question :

– C’était aujourd’hui ?…

A cet instant précis, j’ai songé au message secret que sont censés partager des initiés ou des conspirateurs. Sauf que moi, je n’avais pas été informé de la réponse qu’il me fallait fournir. Il y avait un nom de code – ça ne faisait aucun doute – et il ne figurait pas sur ma convocation !

D’ailleurs, je n’hésite pas à sous-titrer ma chronique : « Nom de code : c’était aujourd’hui ? »

Mais revenons à la dame du deuxième étage qui m’explique que le Docteur De Machin-Truc avec lequel j’ai rendez-vous me recevra au rez-de-chaussée. Tout en pensant que mon avance d’un quart d’heure commence à fondre encore plus vite que la banquise, je laisse fuser un ricanement en soulignant qu’à l’accueil, une information divergente m’a été fournie. Je ne récolte en retour qu’un haussement d’épaules, m’amenant à noter que « centre hospitalier » et « milieu accueillant » ne sont pas forcément des termes synonymes.

De retour au rez-de-chaussée, dans un nouveau couloir, je repère le cabinet du Docteur De Machin-Truc. Soulagé, je tends à sa secrétaire ma convocation, qui me pose la question que vous attendez tous.

– C’était aujourd’hui ?…

Je sais, tu commences, amie lectrice, ami lecteur, à trouver la formule un tantinet répétitive, mais elle est hélas, scrupuleusement authentique. Je passe sur l’envie de hurler que je peine à contenir. Mais pas sur le fait que la petite dame arborant un léger sourire, m’apprend que le Docteur De Machin-Truc me recevra au deuxième étage. Son sourire s’estompe quand je lui annonce que je ne vais pas passer ma journée à jouer les pâtres en transhumance entre le deuxième et le rez-de-chaussée, même si je suis l’unique membre du cheptel, et qu’en outre, le cabinet du Docteur De Machin-Truc est situé deux portes plus loin. Et donc, je l’informe que je ne bougerai plus. Heureusement qu’il ne s’agissait pas d’expertiser mon calme !…

Bizarrement, cinq grosses minutes plus tard, la porte du cabinet du Docteur De Machin-Truc s’ouvre. Est-ce bien lui, cet homme en blouse blanche qui m’invite à entrer, puis à ôter mes chaussures ? Je ne le saurai jamais, mais disons que je joue le jeu. Il me demande de marcher en lui tournant le dos, sur une distance de 2,50 m grand maximum. Je m’exécute. Il me dit que je peux renfiler mes chaussures. L’expertise est terminée. Il ne m’aura pas palpé le tendon.

Rien. Nada. Son œil d’expert aura fait le boulot. Sans avoir recours au moindre ustensile. L’œil de lynx, c’est de la gnognote, comparé à l’œil d’expert, croyez-moi !… Si ce n’est pas là, la preuve évidente que je me suis retrouvé face à un expert chevronné, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Je suis sûr qu’il aurait pu conduire son examen les yeux bandés… Rien qu’au son de mes pas sur le carrelage…

Ou alors, en incorrigible cartésien que je suis, je me demande finalement, si l’expertise n’est pas la forme la plus aboutie de l’escroquerie intellectuelle. Et sur la base de ce postulat, il n’est pas illogique d’affirmer que demain, nous pourrons toutes et tous – oui, quelle que soit notre formation initiale – nous recycler en tant qu’experts.   

Alors, si vous préférez une version audio de cette petite humeur une version dialoguée avec le concours de l’ami Pierre-Benoît, n’hésitez plus, c’est à portée de mulot.

En allant faire bien sûr un tour sur le « pot de caste » de Radio G !.  Cela démarre à 2’45 », mais comme d’habitude, je vous incite à écouter l’intégralité de l’émission.      

Dès l’automne, mes chroniques potentiellement vachardes repasseront par les « tuyaux » du micro, à raison de deux doses mensuelles. Oui, davantage ne serait pas raisonnable.            

                                                                                                                                

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