Retraites 2023 : Borne to loose !

Il me semblait pertinent de débuter cette chronique par une petite chanson. Surtout compte-tenu de l’actualité. Et quelque chose me dit que notre gouvernement s’est inspiré de cette vieille ritournelle populaire… pour tenter de résoudre les grosses difficultés que connaît la filière santé – et tout particulièrement l’hôpital public. Car, si comme le clamait Henri Salvador, « le travail, c’est la santé », si tous nos concitoyen(ne)s se mettent à travailler sans arrêt (un peu comme des fourmis japonaises), plus besoin d’hôpital, puisque tout le monde sera en parfaite santé ! Tu vois un peu, lecteur, lectrice, les économies substantielles que l’on pourrait tirer de cette soif acharnée de labeur ? En plus, si la santé de chacun(e) s’améliore en travaillant d’arrache-pied, aucune raison de s’arrêter un jour, par exemple pour prendre sa retraite. Seulement…

Seulement, j’ai bien peur, vois-tu, que nos dirigeants ne soient contentés de n’écouter que le premier vers de la chanson. Sans doute à cause du fameux slogan : Un vers ça va, deux, bonjour les dégâts ! Oui, lectrice, lecteur, les poètes ne sont pas légion au gouvernement… Et donc, le reste du couplet est passé à la trappe ; et l’idée de faire reculer l’âge de départ à la retraite a émergé dans ces cerveaux brillants, une fois encore, parce que…

Parce que précisément, le travail, c’est la santé !…

Voilà ! Manifestement, … D’ailleurs, « manifestement » pourrait être l’adverbe du jour… la réflexion s’est avérée incomplète. Et le problème, c’est que les syndicats, eux, connaissaient l’intégralité du couplet, et par conséquent, la signification (à peine) dissimulée de cette chanson. Et puis, le sens premier du mot « travail » – à savoir « torture » – ne leur était pas non plus inconnu. L’autre erreur a consisté à confondre « âge légal » et « âge létal ». Juste la substitution d’une malheureuse consonne, et patatras, on rend furieux tout le salariat…Il est sûr que si l’on a une simple vision comptable de toute cette affaire – un bon retraité est un retraité mort. Comme le disait à peu de choses près, cette vieille crapule de Général Custer.

Et puis, allez savoir pourquoi, j’ai déniché un court extrait d’une réflexion autour de cette question des retraites…

Sincèrement, je fus impressionné ! Tant que je n’avais que le son, j’ai cru à une imitation d’anthologie. Je me suis dit : il est vraiment très doué, cet imitateur. Franchement, j’aurais juré que c’était le président. Mais, bonté, qui est-ce ?…

Et il a bien fallu que je me rende à l’évidence : C’était le président Macron qui s’exprimait ainsi. C’était en 2019.

Au fond de moi, je me suis dit : Non, ce n’est pas possible. Il ne peut pas tenir de tels propos que ne renieraient pas la plupart des gauchistes. Veut-il donc terroriser le MEDEF et les petits épargnants ou quoi ? Veut-il que les « premiers de cordée » demandent tous l’asile politique aux Bahamas ?…

Ah, la chute a été dure ! C’était bien le président Macron qui s’exprimait ainsi en 2019. C’était à la conclusion du Grand Débat qui avait suivi la crise des Gilets Jaunes.

J’en restai stupéfait ! En même temps, hein, 2019 ce n’est pas 2023. Il s’est ressaisi depuis, notre bon président. Il était temps, il aurait pu passer pour un doux rêveur. Et puis, nous savons toutes et tous, depuis l’époque pas si lointaine de Charles Pasqua, que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Ce reniement de la parole présidentielle n’en est donc pas vraiment un. C’est juste de la routine politique. Il faut savoir que dans les hautes sphères décisionnelles, une position prise devant un micro ou sur un plateau télé ne vaut que jusqu’au lendemain de cette prise de position. Ensuite, on n’est même plus dans les archives, on bascule carrément dans l’oubli. Le discours est mis au pilon, comme les bouquins qui ne se vendent pas. Ou alors, le discours s’autodétruit comme l’enregistrement au début de « Mission Impossible ».

C’est du moins ce qui survient dans l’esprit de ceux qui ont conçu et énoncé le propos.

Mais ce qui est intéressant, c’est que même avec la volonté apparente de vouloir faire basculer les salarié(e)s directement de l’usine ou du bureau à la chambre d’EHPAD, il demeure un fond de social dans cette réforme. C’est ainsi que j’ai reçu dans ma BAL professionnelle, un message du Ministre m’informant que la limite d’âge était une notion désormais révolue. Le ministre mettait ainsi en exergue le cas d’un Eric fictif qui travaille au service de l’état civil d’une collectivité.

Elle n’est pas belle, la vie ? Au fond de vous, vous en rêviez de faire comme Molière et mourir sur scène d’épuisement… Le gouvernement vous a entendu(e) ; la réforme le permettra. Bon, ce ne sera pas sur les planches d’un théâtre, mais dans l’intimité de votre bureau, entouré(e) de vos dossiers chéris. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Par exemple, toi, jeune lectrice, jeune lecteur, quand tu atteindras l’âge de la retraite – les ours blancs et les rouges-gorges auront disparu depuis au moins dix ans – tu pourras continuer à te cramponner à ton ordinateur, sans lâcher ton déambulateur, jusqu’à peut-être tes 80 printemps… si bien sûr, les prochains gouvernements persistent dans cette approche sociale…

Juste pour conclure, une petite phrase émanant du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), l’instance paritaire qui est chargée d’analyser et de suivre les perspectives à moyen et long terme du système de retraite français. Voici ce qu’il écrivait lorsqu’il publia en septembre 2022, son dernier rapport :

Les résultats de ce rapport ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite » (COR. Sept 2022)

Autrement dit, il n’y a vraiment pas le feu au lac pour changer la donne. D’où cette question :

A quoi sert cet organisme qui est tout de même un service du Premier Ministre, si le Premier Ministre ne tient pas compte des rapports que son service produit ?

Le parti au pouvoir s’est rebaptisé « Renaissance », mais je me demande s’il ne nous ramène pas à marche forcée, vers le moyen âge…

La version audio de cette humeur – assez différente, ma foi – est évidemment disponible sur le « pot de caste » de Radio G ! . Cela démarre à 6’30. Ceci dit, juste avant, le reportage effectué à la manif d’Angers par mon jeune collègue de Radio G ! vaut le détour. Les témoignages captés sont fort intéressants. Bonne écoute !

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