A-coup fan 21 décembre 2023

Etant donné qu’aujourd’hui est le premier jour de l’hiver – ça y est, c’est officiel ! – je me suis dit qu’un petit à-coup fan évoquant les intempéries de saison s’avérait de circonstance. C’est par conséquent tout logiquement que j’ai traversé l’Atlantique en musique pour me rendre chez les cousins. L’hiver, eux, ils connaissent ! Gardons en mémoire :

– Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver ! « pour nous en convaincre.

Plus sérieusement, c’est dans l’album « Roi de rien » de Michel Rivard, dont « La complainte du phoque en Alaska » a réjouit bien des oreilles de ce côté-ci du St Laurent, que j’ai trouvé la pépite du jour. Au passage, auditrice, auditeur, tu peux remercier un certain Michel Boutet d’avoir permis cette découverte au titre bref et un tantinet menaçant, à savoir « Avalanche ».

Ah, tout de suite, on sent la colère des éléments, les degrés centigrades qui dégringolent et les fahrenheits qui ne font pas les fiers non plus ! Petite parenthèse, la première fois que j’ai écouté « Avalanche », j’ai immédiatement pensé au roman « Le poids de la neige » de l’auteur québécois Christian Guay-Poliquin». Roman que je conseille sans réserve et dans lequel le titre des chapitres indique simplement la mesure d’une hauteur de neige…

Pourtant, très vite, à l’écoute de la chanson, l’on perçoit qu’une avalanche peut en cacher bien d’autres. Des avalanches de souvenirs et de sentiments notamment, observés dans le rétroviseur de la vie.

Michel Rivard nous fait monter dans sa bagnole – dans son « char » comme il dit – en route vers un road-movie à rebours. Un road-movie qui transpire le blues dans chacun de ses couplets et que l’harmonica vient ponctuer de sa présence entêtante. Des notes qui grâce à l’astucieux reverb de la prise de son, paraissent surgies d’un lointain passé pas vraiment digéré. Je ne sais ce que tu en penses, Michel, mais je me demande si l’harmonica – le ruine-babines au Québec – n’est pas l’instrument qui incarne le mieux le blues. Toute la solitude emmagasinée au fil du temps et les regrets qui nous assaillent sont peut-être enfouis dans les quelques centimètres-carrés d’un harmonica…

Non content de greffer à son « Avalanche » des interventions à l’harmonica tout en dramaturgie discrète, Michel Rivard a soigné le texte. Un sens de la métaphore qui laisse admiratif… voire un brin jaloux. Sacrebleu que j’aurais aimé écrire un tel texte !

Quelques exemples ? Allez, profitez-en, c’est gratuit.

…mon cœur délavé comme une aire de repos.

Ou encore :

Son visage était triste

Comme une chambre d’hôtel

Quittée à l’improviste

Par l’amour infidèle.

Un dernier pour faire bon poids ?…

Elle brillait comme un doute dans la pluie du matin.

Il y a les images qu’utilise Michel Rivard, qui sont d’une richesse rare, mais il y a aussi dans « Avalanche » l’art et la manière de poser les bonnes questions. Des questions auxquelles on ne cherchera peut-être pas de réponses, car celles-ci sont précisément contenues dans les questions.

C’est-tu le passé qui triche

Ou l’avenir qui est en retard ?

C’est à quelle heure, le présent ?

Un présent qui – nonobstant cette période de Noël – n’est pas, mais alors vraiment pas, un cadeau. Cette notion de temporalité défaillante montre combien la nostalgie possède la capacité de tout polluer, jusqu’à empêcher le présent d’émerger.

Un présent parfois englué non plus dans la poudreuse, mais dans la poudre tout court :

Les images se mélangent dans la poudre et le sang.

Avec peut-être ici un petit clin d’œil à Lou Reed, dans « Heroin » :

When I put a spike into my veins
Then I tell you things aren’t quite the same

Les choses ne sont plus tout à fait les mêmes avec une aiguille logée dans mes veines… Il est permis d’en douter.

Pour terminer ce dernier à-coup fan de 2023, je ne résiste pas à faire un petit focus sur quatre vers qui peut-être résument à eux seuls la singulière beauté du blues. Merci à Michel Rivard de les avoir écrits pour nous.

J’ai encore sur les mains

Le parfum du désir

La musique de ses seins

Et l’envie d’en mourir.

Eros et Thanatos. Les inséparables compères à nouveau réunis. Ah, Michel Rivard n’a pas tort ; il y a des corps si empreints d’harmonie que l’on n’est pas surpris de voir des mélodies s’en échapper.

Bon, c’est clair pour tout le monde, « Avalanche » se sirote comme un cognac ou un whisky d’exception. Mais je vous ai assez fait lanterner, il est temps d’écouter Michel Rivard.

Bien évidemment, au-delà de la version audio de cet « à-coup fan » disponible en pot de caste, il est très vivement conseillé d’écouter la totalité de l’émission concoctée par Maître Michel Boutet. Il vous suffit pour cela d’aller musarder sur le site de Radio G !, et plus précisément vers « Qu’est-ce que vous me chantez là ? ». Vous ne serez pas déçu(e)s ! D’ailleurs, j’y viens deux fois par mois, si ce n’est pas une preuve, ça ?!…

                                                                         

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